Platon, République, anneau de Gygès
1.
«On ne pratique la justice que malgré soi» : on est juste contre notre volonté. Autrement dit, on ne veut pas vraiment être juste. On le fait sous la contrainte, non pas par liberté.
« On ne pratique la justice que […] par impuissance de commettre l’injustice» : si on est juste, c’est seulement parce qu’on ne se sent pas capable de désobéir aux lois. Ce ne sont pas les lois elles-mêmes qui nous menacent ou nous contraignent, mais ce sont les hommes : police, juges, prisons, punitions, etc., mais aussi le rejet de la part des autres (leur jugement, leur mépris, leur opprobre). C’est cette faiblesse que condamne Glaucon.
2. «Et tout faire à l’égal d’un dieu parmi les hommes» :
l’omnipotence (toute puissance) équivaut ici à l’impunité (absence de conséquences sociales des actes). Autrement dit, Glaucon pense que la superpuissance nous place au-delà de la morale, comme «au-delà du bien et du mal» (Nietzsche).
3. «Ils le loueraient […] victimes de l’injustice.»
Glaucon fustige ici un double discours. Les faibles ont tous intérêt à se tromper mutuellement en vantant la faiblesse, de peur de subir la violence de la force, c’est-à-dire d’être victime de ce que chacun d’eux n’hésiterait pas à faire s’il en avait la force. Ils veulent se promettre entre eux qu’ils n’utiliseraient pas la force s’ils l’avaient.